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Faux-bourgs


Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank

Ce travail documentaire, réalisé dans les XVe et XVIe arrondissements de Marseille, les quartiers Nord de la ville, interroge le rapport entre la mémoire et l'esprit des lieux d'un côté, et les opérations d'urbanisme et d'aménagement de la ville de l'autre. Faux-bourgs a pour objectifs de favoriser l'appropriation de l'image de ces quartiers par ceux qui y habitent, rendre visible leur diversité et valoriser les pratiques populaires de la ville. Les images : loin d'être accessoires, celles que l'on se fait du territoire dans lequel on vit traduisent des perceptions positives ou négatives de ce dernier, donc de soi-même. La population qualifie le territoire, et celui-ci, par un effet de retour, qualifie ses occupants. Il s'agit donc, dans un esprit de participation, de travailler à l'appropriation de l'image des quartiers Nord par ses habitants. En partant à la rencontre des gens pour documenter ensemble le changement à l'œuvre, Faux-bourgs veut sensibiliser aux enjeux d'un patrimoine partagé et d'une histoire urbaine commune. Sans chercher à idéaliser un passé mythique, il est essentiel de lui laisser la place d'exister, de questionner la destruction de « ce que c'était avant » et de définir la lisibilité populaire de la ville. Les Vivants. Du bassin de Séon aux contreforts de la chaîne de l’Étoile, le long du ruisseau des Aygalades ou de la rue de Lyon, les quartiers Nord de Marseille portent une mythologie singulière et contradictoire. Friches industrielles ou naturelles, cités et résidences imposantes, sites archéologiques et non-lieux de l'urbanisme moderne s'y côtoient dans ce qui pourrait ressembler à de l'insouciance – et c'est peut-être ce qui amène certains à y voir les derniers espaces libres de Marseille. Aujourd'hui, ce mélange de hasard, de ruptures et de contrastes est en passe de s'effacer au profit d'une ville plus cadrée et planifiée. Les dispositifs administratifs et urbains se multiplient : Grand Projet de Ville, PNRU, Euroméditerranée¹ sont quelques-uns des noms donnés à ces outils-périmètres. L'impression de vivre dans une ville malade, à laquelle on appliquerait des soins exceptionnels, imprègne les esprits. Mais malade de quoi ? Entre 1975 et 1990, Marseille perd une centaine de milliers d'habitants, et plusieurs dizaines de milliers d'emplois sous l'effet de la désindustrialisation. Le nord, attenant au port, est le plus touché par le chômage. La catastrophe économique vient alors s'ajouter à une stigmatisation vécue depuis longtemps par les habitants d'arrondissements communistes dans une ville dont le Maire est à droite. Les mots-clés – rénovation, tourisme, reconquête, TGV, hôtellerie, grands événements – se succèdent depuis 15 ans comme une litanie permettant d'exorciser la malédiction. Depuis les bureaux d'Euroméditerranée, on fait avancer un modèle de ville où la centralité s'invente ex- nihilo, où les flux économiques ne sont plus entravés par un tissu urbain jugé désuet, et où l'on rêve de skyline et d'économie créative. Quand l'expression « gentrification » fait son chemin pour désigner, en centre-ville, l'embourgeoisement progressif de quartiers anciennement populaires et aux loyers abordables, les mots manquent pour évoquer les mutations des banlieues populaires. Ici, la ville n'est pas aussi dense, la logique n'est pas aussi palpable ; pourtant, l'extension d'Euroméditerranée vers le nord ou les ZAC² constituent des matrices territoriales desquelles émergeront des quartiers repensés et ré-urbanisés. On a beaucoup parlé ou écrit sur les inconvénients des tours, des barres et de la banlieue – comme si le bâti ou l'urbanisme était seuls responsables de tous les maux qu'on souhaite chasser. Les grands ensembles tombent ou sont « résidentialisés » les uns après les autres. Les dernières familles de la cité des Créneaux attendent la démolition, contraints de laisser l'histoire intime tomber avec les derniers blocs : alors que les années partagées avaient créé un esprit des lieux solidement ancré, les relogements proposés en accès à la propriété, s'ils sont parfois proches dans l'espace, mettront sans doute du temps avant d'être investis de la même énergie. Au milieu de tout ça, certains continuent à déployer leur génie ou leur intuition pour faire vivre les rues. Indifférents aux statistiques orientées ou aux articles de presse tendancieux, les jeunes investissent leur ville avec entêtement – ils sont les « Vivants »³. Entre le quartier du Plan d'Aou et la nouvelle résidence fermée des Terrasses du Frioul, le mur qui prive les habitants d'une vue imprenable est tagué et démonté à répétition. Sur le chantier d'une improbable forteresse à 800.000 euros l'appartement, au-dessus du quartier de la Castellane, un contremaître rigole en regardant la piscine d'un des résidents, construite aux abords d'une partie non-clôturée de la résidence : « il ne faudra pas qu'il s'étonne de voir les minots se baigner ici... Quand on habite si près de la mer, on va à la plage, comme tout le monde ! ». Partout, la tchatche permet de transformer les maisons abandonnées et les friches en espaces de liberté possible. Opposant la fronde amicale ou sauvage à la froideur de la ville à venir, beaucoup préfèrent tenir bon sur un radeau où l'humeur est à la joie plutôt que se vautrer dans un paquebot luxueux et froid – dans lequel beaucoup, quoiqu'il arrive, ne sont pas les bienvenus. A l'heure où la ville devient une affaire d'image, de label et de slogan, à l'heure où « Marseille accélère⁴» pour se transformer en capitale⁵, la vie qui anime les quartiers Nord est encore la meilleure réponse aux forces de l'amnésie et de l'effacement. Les Vivants attendent le prochain mouvement de la machine. Texte de Jérémy Garniaux. 1 Le « grand projet de ville » est l'incarnation géographique locale de la « politique de la ville », ensemble de dispositifs et de dispositions ministérielles destinés à lutter contre la paupérisation des villes françaises ; le PNRU (Programme national de rénovation urbaine) est mis en oeuvre par l'ANRU (Agence nationale de rénovation urbaine) et consiste principalement à détruire pour reconstruire des bâtiments vétustes en Zone Urbaine Sensible ; Euroméditerranée, une des plus grandes opérations d'aménagement urbain d'Europe, s'étend sur une partie de la moitié nord de Marseille. 2 Zones d'Aménagement Concerté. 3 Dupain, Les Vivants, sur l'album du même nom (2005 – Label Bleu). 4 Marseille Accélère est le dernier slogan en date de la Mairie. Il succède à Marseille On the Move. 5 Marseille et sa région ont été désignées capitale européenne de la culture pour l'année 2013.


 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0310421

Une vue des quartiers nord de Marseille depuis le quartier des Accates, aux Aygalades.

Marseille, France - 15/07/2009

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0321556

Carmen, quartiers nord de Marseille.

Marseille, France - 18/09/2010

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0273466

Destruction partielle de la Cité des Créneaux, dans les quartiers nord de Marseille.

Marseille, France - 15/07/2009

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0273462

Deux ouvriers de CARI sur le chantier de la Cité des Arts de la Rue de Marseille.

Marseille, France - 15/05/2009

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0311810

Le Val aux Grives, stéréotype des nouvelles résidences fermées construites dans les quartiers nord de Marseille. Un mélange de Dallas, d'Aix-en-Provence et de Marrakech.

Marseille, France - 15/06/2010

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0353022

Ben à la Castellane, quartiers nord de Marseille.

Marseille, France - 04/04/2011

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0335825

Saint-Antoine, quartiers nord de Marseille.

Marseille, France - 01/03/2011

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0311812

Place des Aygalades, quartiers nord de Marseille.

Marseille, France - 15/09/2009

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0365824

Diana et Diana au carrefour de Grand Littoral, immense centre commercial marseillais où tout le monde se retrouve. Pour une journée de manche ici, cette mère et sa fille remontent des puces, leur nouveau lieu de vie après une récente série d’expulsions dans la ville. (2011)

Marseille, France - 15/07/2011

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0310441

La cité de la Solidarité, dans les quartiers nord de Marseille, est une des plus isolée de la ville.

Marseille, France - 15/05/2010

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0310442

Un habitant du quartier de la Savine, une cité des quartiers nord de Marseille, où certaines tours sont détruites.

Marseille, France - 15/07/2010

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0310444

Au petit matin, départ d'une manifestation "anti-rom", dans les quartiers nord de Marseille. Deux hommes attendent le départ du cortège, sous la plaque commémorative de l'assassinat d'Ibrahim Ali, symbole de la haine et des dérives du Front National.

Marseille, France - 15/09/2009

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0327852

Un boxeur du club de boxe savinois, quartiers nord de Marseille.

Marseille, France - 09/12/2010

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0273464

Deux enfants de la Cité des Créneaux. Cette cité a été partiellement détruite en 2009.

Marseille, France - 15/05/2009

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0311753

Un jeune guetteur dans le cité de la Savine. (guetter : guetter les condés, les poulets, la BAC; prévenir à temps pour préserver le business).

Marseille, France - 15/06/2010

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584120

Madame Martinez chez elle, quartier de la Visitation.

Marseille, France - 02/06/2013

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584117

Deux jeunes s'entrainent à sauter sur les plages de Corbières pendant le Ramadan.

Marseille, France - 15/07/2013

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584116

Bal de fin d'année au Lycée Nord.

Marseille, France - 04/07/2013

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0321565

A la cité de la Savine.

Marseille, France - 05/07/2010

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584123

Fête de quartier à Campagne Lévêque.

Marseille, France - 16/06/2011

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0335789

Un jeune homme attend le bus dans le quartier de la Cabucelle, quartiers nord de Marseille.

Marseille, France - 10/01/2011

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584152

Esplanade du Mucem.

Marseille, France - 10/11/2014

/La France vue d'ici

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584150

Sur un mur de Félix Pyat, avant la dernière réélection de Gaudin.

Marseille, France - 19/03/2014

/La France vue d'ici

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584127

Le cantonnier, La Viste 38.

Marseille, Cuba - 15/06/2014

/La France vue d'ici

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584126

Macho, quartier des Aygalades.

Marseille, France - 24/03/2015

/La France vue d'ici

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584125

Soumaya, cabaret Raï à Verduron.

Marseille, France - 28/03/2015

/La France vue d'ici

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584153

Gaëtan, cité des Aygalades.

Marseille, France - 13/11/2014

/La France vue d'ici

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0408663

Quartier du Plan d'Aou, quartiers nord de Marseille.

Marseille, France - 15/04/2012

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584112

Vote aux primaires socialistes à Saint-Antoine.

France, France - 09/10/2011

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584113

Faany, parc Brégante, Saint-Louis.

Marseille, France - 15/06/2013

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0584121

Quartier de Saint-Louis.

Marseille, France - 14/10/2010



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