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(101 Maliens) France-Mali


Collectif - Yohanne Lamoulère photographies

En 1986, le charter des "101 maliens" fait la Une. Pasqua est alors ministre de l’intérieur et inaugure par cet événement une nouvelle forme d’expulsion de masse. Il révèle une problématique alors négligée, celle de la relation entre migrations de travail et solidarité internationale. Le charter des 101 Maliens affichait la conséquence d’un tournant majeur de la politique migratoire : l’obligation de visa imposée aux ressortissants de la plupart des pays pauvres, notamment ceux issus de l’ancien empire colonial français. Prise au prétexte de la lutte contre le terrorisme international, l’obligation de visa permettait de rendre beaucoup plus effectif l’arrêt de l’immigration de travail. En effet, bien que la procédure réglementaire d’introduction ait été suspendue en 1974 pour les travailleurs étrangers, ceux-ci continuaient d’entrer librement en France «en touristes» et y trouvaient facilement un employeur insouciant ou ignorant du délit, alors très rarement réprimé, d’emploi d’étranger non autorisé à travailler. Le curieux concept de «risque migratoire» est alors apparu dans les instructions enjoignant aux consulats de refuser l’octroi d’un visa aux étranger présentant ce risque, typiquement les hommes, jeunes, célibataires et sans qualification professionnelle. Pour les Africains sub-sahariens francophones, c’en était fini de l’émigration «spontanée», tranquille et souvent temporaire. Entrer en France devenait beaucoup plus difficile et pour ceux qui s’y trouvaient déjà, le retour au pays risquait fort d’être définitif. Souvent perçues comme injustes, ces contraintes n’ont pas été levées au fil du temps, au contraire ; l’obligation de visa est devenue la norme pour tous les pays riches vis à vis des ressortissants de pays pauvres. Pourtant, l’émigration n’a pas cessé ; elle exige des stratégies plus élaborées et emprunte des canaux plus complexes et plus risqués. A tel point que certains défenseurs des droits des étrangers en viennent aujourd’hui à évoquer cette période d’avant 1986 comme un âge d’or auquel une politique migratoire «juste et humaine» devrait permettre de retourner. Plusieurs parcours, ici, racontent une partie de ce que sont devenus ces gens, au Mali et en France. (Louis Bretton)


 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131425

Le pont du roi Fahd, Bamako.

Bamako, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150985

Samba Sylla face au foyer Lorraine, Paris XIX°. "Je suis né en janvier 1948 dans la région de Kayes. Je suis arrivé en France en 1965, avec une simple carte d’identité malienne. J’ai trouvé du travail et j’ai commencé à militer tout de suite, sur la question des foyers en particulier. 1986, c’est vraiment un tournant. 101 maliens expulsés d’un seul coup, ça a révolté les gens. Les conditions d’expulsion aussi : les 101 ont été privés de beaucoup de droits : ils n’ont pas pu prendre de bagages, n’ont pas pu clore leur compte en banque, n’ont pas reçus d’indemnité ni leur dernier salaire. Ensuite, il y a eu les coups, le bâillon et les menottes pour certains. Tout ça a fait monter la colère. On a aussi fait un gros travail d’information sur le racisme, les discriminations. Au Mali, les 101 ont eu beaucoup moins à se justifier auprès de leur famille. Avant, ils auraient du prouver qu’ils n’avaient pas commis de vol ni de crimes. Un an après, presque tous étaient de retour. L’expulsion, quelle qu’elle soit, pour un malien, c’est un échec. Donc il faut qu’il revienne. On perd une bataille mais pas la guerre. Beaucoup sont prêts à revenir trois, quatre fois de suite. Et tant qu’il n’y a pas d’alternative, ça se passera comme ça. Les mafias iront toujours plus vite que les institutions et il y aura toujours des patrons complices qui iront chercher leur main d’œuvre avec l’aide des mafias. Et puis quand tu vois l’Europe à la télé depuis l’Afrique, t’as l’impression que là-bas, les gens n’ont que des problèmes de riches. Chez nous, on est 10 frères. Je suis le premier à être arrivé ici. Pendant plus de 15 ans, j’ai lutté pour qu’ils ne viennent pas, pour qu’ils fassent leurs études au Mali, je leur disais que la vie ici était trop dure. Ils ont tous fini par venir. Et au bout d’un an ils ont reconnu que j’avais raison. Le rêve est le plus fort."

Paris, France - 15/05/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150488

A Debo Kagoro, Mali.

Debo Kagoro, Mali - 30/12/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150472

Diassigui Dembele à Nafadji, au Mali. Diassigui est un captif. C’est un vieillard d’environ 75 ans, infirme. Il a été expulsé alors qu’ « il avait sa carte ». Aujourd’hui il a un récépissé d’un an, qu’on lui a déjà renouvelé 3 ou 4 fois, mais il veut obtenir une carte de 10 ans. Il ne peut pas rester seul au foyer à Rosny parce qu’il n’est pas autonome. Il ne se déplace qu’avec l’aide de quelqu’un. Il ne peut pas rester au Mali non plus, parce qu’il faut qu’il se soigne. « L’administration me croit mort. Il faut que je retourne en France, voir le médecin. Je suis obligé d’y aller. Je vais partir dans quelques jours.» Diassigui est entré en France « au temps de Giscard ». Il se souvient que les villageois de Nafadji ont commencé à immigrer en France « sous De Gaulle ». « Pompidou, 1er Ministre », précise-t-il. A l’époque, le foyer de Rosny n’existait pas. Les immigrants étaient logés dans des Algeco, pas loin du foyer actuel. « En ce temps-là, on partait en bateau, à partir du Sénégal, avec seulement la carte d’identité ou le passeport. Il n’y avait pas de visa. Le visa, ça a commencé en 1986. C’était comme un voyage en voiture. (…) Je n’avais pas de papiers, mais j’ai toujours respecté la loi. Je n’ai jamais été arrêté. J’ai travaillé à Charenton toute ma carrière. Nettoyage des trains. Société OSP.(…) Je n’ai pas pu obtenir mes papiers en 1981, car j’étais rentré au Pays. Ma mère était malade. Je suis rentré trois mois trop tard pour pouvoir bénéficier de la régularisation Mitterrand. Et avant 1974, je n’ai pas pu être régularisé non plus, car je ne travaillais pas et je ne pouvais donc pas présenter de contrat de travail. » « Le jour de la rafle, les flics sont venus entourer le foyer. A 5h du matin ils nous ont arrêtés dans les chambres. Ils ont fait le tri entre ceux qui avaient des papiers et les autres. Ils m’ont demandé mes papiers. Mais même si je travaillais, je n’avais pas de papiers. Ils m’ont demandé de quoi je vivais. Ils insinuaient que j’étais déli

Nafadji, Mali - 28/12/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131233

La dernière épouse de Diassigui Dembele devant leur maison au Mali.

Bamako, Mali - 28/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131200

Dembele Diassigui dans son village au Mali.

Bamako, Mali - 28/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150537

Ouverture de la pêche à Nafadji, Mali.

Nafadji, Mali - 15/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131253

Famille d'épiciers à Nafadji, Mali.

Bamako, Mali - 01/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131199

Siège de l'AME (Association des Maliens Expulsés), Korofina, Bamako.

Bamako, Mali - 15/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150471

Réunion à l'AME (Association des Maliens Expulsés) avec Ousmane Diara et Cissé Idrissa, Korofina, Bamako. "L’AME a été créée en 1996, soit 10 ans après l’expulsion des 101 Maliens. En 1996, il y a eu la conjonction de plusieurs choses : les expulsés de Saint-Bernard et ceux d’autres pays d’Afrique comme l’Angola, le Mozambique. En 1997, il n’y avait toujours pas de projet pour les expulsés. Ils se dispersaient. En 2006, lors du FSM de Bamako, on a recherché des partenaires. On a établi des contacts qui ont redynamisé l’association. (Droits Devant, la Cimade, RESF, GISTI). Aujourd’hui, il y a une personne de l’AME qui accueille les expulsés chaque jour à l’aéroport, les ramène en ville et peut les héberger 2 ou 3 nuits au siège de l’association. En ce qui concerne les 101 Maliens, l’association s’est créée… 10 ans après ! Le Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur, qui est à l’aéroport de Bamako, ne fait pas de différence entre les expulsés et les autres. Tous les jours, 3 ou 4 personnes expulsées arrivent avec des flics en civil. Le Gouvernement ne s’en occupe pas. Sauf quand il y a un charter, où là, la Protection Civile vient les chercher à l’aéroport, les emmène et les relâche dans la nature le lendemain. Les chiffres officiels font état de 248 expulsés en 2007, or entre janvier et novembre, il y en a eu plus de 500. Et il n’y a pas qu’Air France ! Les compagnies maliennes, marocaines, sénégalaises prêtent également leur concours. En France, on gonfle les chiffres, alors qu’au Mali, on les minimise ! De 750 à 10 000 euros par expulsé ! Alors que ça ne sert à rien, parce que les gens reviennent."

Bamako, Mali - 15/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131432

Lambourou Sissoko, Badalabougou, Bamako. 1955 "J’ai fait trois séjours en France. J’ai été expulsé deux fois. Je suis entré en France la première fois en 1988. J’habitais au Foyer Gambetta. J’y suis resté quatre ans. En 1992, j’ai décidé de rentrer dans mon pays. Je suis revenu en 1994, mais j’ai été expulsé en 1995. Je suis reparti une dernière fois en 2000 et j’ai été de nouveau expulsé en 2006. Au début, je travaillais 7 jours sur 7. Après, ils m’ont dit que je pouvais me reposer le week-end. J’avais acheté une fausse carte. Avec ça, j’ai fait ma sécu. Le patron ne m’a jamais demandé si j’étais sans-papiers. J’ai été arrêté en 2006 en sortant du boulot. J’ai été emmené au CRA de Vincennes. Je suis repassé devant le juge au bout de 15 jours. Puis devant la Cour d’Appel, qui a prolongé de 15 jours. Et j’ai été expulsé. En 1995, j’avais été arrêté en sortant du travail aussi. Je faisais le nettoyage à l’Université Dauphine. De 17h à 22h. Ils m’ont emmené au CRA de Mesnil-Amelot. Le Consul a signé [le laissez-passer permettant l’expulsion, NDR]. Je ne sais pas pourquoi. En 1995, j’avais ma carte consulaire, mais elle était périmée. En 2006, j’avais mon dossier de régularisation sur la base du travail. J’avais 10 ans de présence mais entrecoupée. À la Préfecture, on m’a dit : « On vous enverra la décision du chef de service ». J’ai reçu une lettre de rejet. C’est ça qui m’a foutu dans la merde. Je n’ai pas fais le recours dans les délais [72h]. Je ne savais pas. J’avais été arrêté et relaché deux fois avant d’être expulsé en 2006. Une fois en 2004 à Versailles et une autre en 2005 à Cité. La seconde fois, ils m’ont donné un papier pour que je rentre. Je suis rentré sans bagages, ni argent. Ce n’est pas facile de rentrer ici quand tu travaillais en France. Ici, il n’y a pas de possibilités de faire le travail que je faisais en France. Ici c’est à droite, à gauche. C’est dur. Franchement, c’est dur."

Bamako, Mali - 01/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150468

Foyer Soundiata, Rosny-sous-bois.

Rosny-sous-bois, France - 15/09/2007

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131254

Champ de mil, région de Kayes, Mali.

Bamako, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150982

Lassana Sacko, foyer Belièvre, Paris XII°. "Tinkaré est le 1er village de Kartaa à être parti en France. C’est le père de Silambougari qui est parti le 1er en 1958. A l’époque on partait en bateau de Dakar. Il n’y avait pas de foyer à Paris. Les immigrés vivaient dans des caves louées dans le 19ème et le 20ème, c’était surtout des noirs et des arabes. Les gens étaient souvent malades à cause du froid. A l’époque du Soudan français, avant la seconde guerre mondiale, les gens de Kartaa partaient faire l’hivernage au Sénégal, la culture de l’arachide. Les 1ers à avoir émigré en France, c’est les gens de GUEDIMARA (cercle de Kayes) dans les années 50-55. Puis Yelimané et Kartaa. Les bambara ont commencé à partir dans les années 80-90, les visas étaient faciles à obtenir. Si tu avais les moyens… A Tinkaré, il y a 6000 habitants et 900 ressortissants ici. On cotise pour plusieurs choses : Une tontine pour si on est malade et on doit aller mourir au village. On paie chacun 100 euros par an et cette caisse sert à acheter deux billets : un pour le malade et un pour l’accompagnateur. On doit aussi payer 100 euros pour financer le rapatriement des corps, ça, on ne le paie qu’une fois. Tous les 3 mois, on verse 5 à 10 euros par classe d’âge pour réaliser des projets spécifiques ou pour donner un coup de main à quelqu’un. Nous on a planté des arbres. Mais on ne paie pas d’intérêt, ce n’est pas comme la banque ! On achète les billets groupés. Par exemple, dix d’un coup et comme ça, on en a un gratuit. Du coup, celui qui veut acheter un billet doit passer par cette compagnie…"

Paris, France - 16/05/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150984

Foyer Soundiata, Rosny-sous-Bois.

Rosny-sous-Bois, France - 15/05/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150479

Mairie de Diema, Mali.

Diéma, Mali - 20/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131420

Devant la mairie de Diema, Mali.

Bamako, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150483

Soro Traore dans son champ de mil, Niakhane, Mali. « Je suis entré en France le 5 janvier 1981. Parti de Bamako fin 1979, en camion, j’ai traversé l’Algérie. Puis j’ai passé la frontière libyenne à pied. Je suis resté en Libye un an et demi. J’ai bossé à la journée dans le bâtiment, le jardinage… Puis d’Alger, j’ai pris un avion pour l’Espagne et de là un train jusqu’à Paris. J’avais de la famille au foyer Soundiata.. A l’époque, je n’avais pas de carte. Je suis resté 3 ans sans travailler. J’ai fini par trouver dans la démolition, puis dans l’imprimerie. Avec la fiche de paye, j’ai obtenu un numéro de sécurité sociale. Mitterrand a donné les papiers à tous les étrangers qui travaillaient. J’envoyais de l’argent au pays. 300 ou 400 000 CFA … Le problème, c’est que j’ai perdu ma carte de séjour. Je leur ai demandé de faire une recherche à partir du numéro de la carte. J’ai montré le reçu qu’on m’avait donné à la Préfecture. On est allé au commissariat, puis à l’hôtel. Je pensais qu’on allait respecter mes droits… Un soir, on nous a mis dans le bus pour l’aéroport. J’avais un policier de chaque côté. Arrivé à Bamako, je n’avais que ma chemise et mon pantalon. Je suis resté 2 ou 3 mois à Bamako. J’avais de mauvaises choses en tête. C’est injuste, parce que j’avais ma carte de séjour. J’ai fini par rentrer au village. Puis, je suis retourné à Bamako. J’ai trouvé un trafic avec un coxer pour 700 000 CFA, fait faire un passeport avec un nouveau nom. J’ai pris l’avion et je suis arrivé à Soundiata. C’était en 1987. On m’a conseillé de prendre un avocat pour réclamer ma carte de séjour. J’ai donné 500 000 CFA à un avocat. Lui m’a fait un papier, censé me protéger en cas de contrôle. Je ne l’ai jamais revu. J’ai repris mon travail à l’imprimerie. Je suis resté en France jusqu’en 1993. Je suis revenu au Mali pour me marier. Je pensais repartir après le mariage, mais je n’ai pas pu. Pas d’argent. Pas de papiers… »

Niakhane, Mali - 05/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150482

Nyombie Sissoko, Niakhane, Mali. « Je suis né en 1944. En 1966, je suis parti en Côte d’Ivoire. Je chargeais et déchargeais les marchandises sur le port d’ Abidjan : le bois, le café, le cacao. En 1968, il y a eu la grande grève. Une grève générale. Il n’y avait plus de bateaux. Je suis parti à la campagne, ramasser des noix de Kola. J’ai trouvé un peu d’argent comme ça et j’ai pu acheter un passeport. J’ai tout organisé moi-même, il n’y avait pas de coxer à l’époque. Au Burkina, j’ai trouvé une camionnette qui partait. On était 20, 25 dedans. Et tous montaient vers l’Europe. On a traversé tout le désert, à travers le Niger, l’Algérie, la Tunisie. De là on a pris un avion pour Sofia. Puis Paris en train via la Yougoslavie et l’Italie. On travaillait avec notre carte d’identité malienne, qu’on faisait changer pour une carte consulaire. J’ai trouvé un boulot dans le nettoyage. Ensuite, j’ai travaillé dans une usine d’embouteillage de vin et de bière. J’étais payé environ 1000F métro par mois. Je suis resté en France jusqu’en 1980, mais je n’ai pas trouvé de papiers. A l’époque, il n’y en avait pas besoin. On travaillait juste avec le contrat qui donnait le droit à la carte de travail. Je suis rentré en 1980 pour aider ma famille et j’ai repris mes cultures. Puis, j’ai voulu repartir en France. J’ai trouvé un trafic. A l’époque, j’ai payé 700 000 CFA. Je suis arrivé à Paris, fin 1985. En avion, cette fois. J’ai retrouvé une place à Soundiata. Ça avait beaucoup changé. J’ai eu du mal à retrouver du boulot. Le jour de la rafle, les policiers sont venus au foyer à 5 heures du matin. Ils ont demandé les papiers. Tous ceux qui n’avaient pas de papiers ont été embarqués. Direction le Commissariat de Mairie de Montreuil. Le soir, on a été emmenés à l’hôtel Ibis. On a passé 5 jours là-bas, dans de grands dortoirs. Puis ils nous ont dit : « Demain, vous rentrez au Mali ! » On ne m’a pas demandé mon avis. Ils nous ont expulsés de force. La police n’a posé aucune question. On n’a

Niakhane, Mali - 05/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131201

Diarra Dioulé, Niakhane, Mali. "Je suis né en 1961. Je suis allé en France avec un trafic, en passant par l’Algérie et la Libye. J’ai d’abord pris un ferry pour Marseille à Alger. Mais on a été arrêté en descendant et ils nous ont renvoyés par le même bateau. Du coup, j’ai dû payer à nouveau. Il n’y a pas d’assurance pour ce genre de chose ! J’ai pris un avion pour Casablanca et je suis passé en Espagne, dans une « patera ». On était au moins 20 dedans. La traversée a pris moins d’une journée. Je suis arrivé fin 1981 à Paris. Là-bas, j’avais mon grand frère, qui travaillait chez Pernod. J’habitais avec lui, dans sa chambre. Je n’ai pas travaillé pendant 2 ans. J’étais à la charge de ceux qui travaillaient et qui se cotisaient. J’ai finalement trouvé du boulot dans les Travaux Publics, en intérim. J’ai fait une demande de carte de séjour lors de la régularisation de 1981. Mais comme je n’avais pas de promesse d’embauche, ils ne me l’ont pas donné. Je n’ai eu qu’un récépissé de 3 mois. Le jour de la rafle, je n’ai rien pu dire : je ne parle pas du tout français et mon récépissé n’était plus valable. Les flics m’ont conduit au Commissariat de Bobigny. Là, ils m’ont demandé si je voulais rentrer au Mali. Ils m’ont forcé à signer le papier : « Il faut signer, tu n’as pas le choix. Les sans-papiers n’ont pas le droit de rester en France. Vous allez rentrer chez vous ! » Arrivé à Bamako, je n’avais pas 5F pour prendre un taxi. Je suis rentré au village. Là-bas, ils étaient très déçus, parce que je rentrais les mains vides. Depuis, je me suis marié. Je cultive le mil. Je n’ai que ça et souvent les cultures ne donnent pas."

Bamako, Mali - 28/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131193

Diarra Makan, Niakhane, Mali. "Mon grand frère Sayon était déjà à Paris. Mitterrand l’a régularisé. C’est grâce à ça que j’ai pu partir. Mon père, lui n’avait jamais immigré, sauf au Sénégal pour la culture de l’arachide. A l’époque de mon grand-père, les gens ne partaient pas. En décembre 1984, je suis parti à Paris. En fait, j’ai acheté un billet Tripoli-Paris-Casablanca-Bamako et je me suis arrêté à Paris. Je suis allé directement au foyer Soundiata. Je logeais dans la chambre de mon frère. Je n’ai pas trouvé de boulot de toute l’année 1985. J’ai fini par acheter une fausse carte : 100 000 CFA. Avec ça, j’ai trouvé du travail en intérim comme maçon et j’ai obtenu la sécurité sociale. Chaque jour, je me levais à 4h et je partais sur les chantiers. Je rentrais au foyer à 20h. Je travaillais avec des Maliens, des Portugais, des Français. Tous les 2 ou 3 mois, il fallait envoyer de l’argent au pays. C’est mon grand frère qui disait quand et combien on faisait passer à la famille. Généralement, on envoyait 300 000 CFA chacun. Avec cet argent, on a payé les mariages, la construction de la maison familiale, les impôts… et bien sur la nourriture. Le jour de la rafle, je me suis réveillé à 4 heures du matin pour avoir le temps de me laver. Par la fenêtre, j’ai vu les flics, les cars. C’est moi qui ai réveillé beaucoup de monde, les gens du 5ème étage. La rafle a duré 5h, puisque ceux qui avaient des papiers ont été bloqués jusqu’à 10 heures. On est resté 5 jours à l’hôtel Ibis. Toutes les fenêtres étaient condamnées et ils ont coupé les lignes téléphoniques quand ils ont su qu’on appelait. Ca a pris du temps, parce qu’il fallait qu’ils louent un avion cargo pour nous emmener tous. 101 personnes ! Et l’avion n’était pas plein… Les 101 n’étaient pas tous de Soundiata. Par exemple, il y avait une femme, qui n’était pas du foyer. Ce jour là, tout le monde « cherchait sa tête ». On se disait : « On rentre chez nous. Sans argent !… » Ils ont mis les menottes à ceux qui refusai

Bamako, Mali - 28/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131428

Marigot de Debo Bambara, Mali.

Bamako, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150469

Mara Makan, foyer Fontaine-au-Roi, Paris XI°.

Rosny-sous-bois, France - 15/09/2007

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131236

Diarra Cheik Omar, Debo Bambara, Mali. "Je suis arrivé en France début 1986. Pendant 6 mois, je n’ai pas trouvé de travail. Les collègues cotisaient pour moi. L’immigration, c’est très fatiguant. Tu ne trouves pas le moyen de dormir et de manger comme il faut. Chaque matin, je me levais à 6h pour aller chercher du travail. Je ne travaillais que depuis 11 jours lorsque j’ai été pris au foyer Soundiata. Les flics m’ont attrapé dans la chambre. Les voisins disaient qu’ils cherchaient de la drogue. Ils ont commencé à fouiller partout dans la chambre et ont demandé notre carte de séjour. Le copain était en règle. Moi, je n’avais pas de papiers… Arrivé à Bamako, j’avais un peu d’argent sur moi. Je suis rentré directement au village. J’étais dégouté. J’étais parti en France pour sortir de la misère... Je suis resté au village, parce que je n’avais pas d’autres moyens de repartir. Je cultive. Je chasse. Aujourd’hui, j’ai toujours une dette. Je n’ai remboursé que la moitié au coxer. Je lui ai dit « je n’ai pas d’argent, je ne peux pas te payer ». C’est la vérité. Si j’ai de l’argent, je vais le payer, mais comme je n’ai rien du tout… Je n’ai pas les moyens de repartir en France pour rembourser. Je ne peux pas prendre un autre crédit. Sinon, ce serait pour payer la dette que j’ai déjà…"

Bamako, Mali - 01/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150493

Youcoule Fane en famille, Debo Massassi, Mali. "Je suis entré en France en avril 1986. Je n’y suis resté que 7 mois. J’ai cherché du travail dans le bâtiment, les agences d’intérim. N’importe quoi. Je n’ai pas trouvé. J’habitais chez un copain, dans une chambre du foyer Soundiata. Au foyer tu manges avec les compatriotes, ceux que tu connais qui te donnent de la nourriture. Les flics ont investi le foyer à 5h05. Moi, j’étais dans ma chambre avec mon camarade. Je dormais. J’ai entendu qu’on frappait à la porte. « Ouvrez ! Police ! ». Ils nous ont demandé nos papiers. Le copain avait sa carte de séjour. Ils l’ont fait sortir. Ils ont fouillé toute la chambre. Partout ! L’armoire, les valises, le lit… Ils cherchaient quelque chose. Le Blanc dit le Pauvre n’a pas raison. Tu n’as pas le choix. Tu fais ce qu’on te dit. Arrivé à Bamako, je n’avais pas d’argent pour rentrer chez moi. Un ami m’a aidé. Si j’étais resté là-bas, j’aurais mangé quoi ? Le sable ? Au village, toute la famille était triste. Mon père, il a pleuré ce jour-là. Je suis arrivé sans rien : sans argent, ni cadeaux pour la famille. Je n’ai pas de moyens pour repartir en France. Si j’en avais, je partirai. Je cultive pour nourrir ma famille, ma mère, mon père, mais je n’ai pas d’argent. Les années où il ne pleut pas, on n’a pas assez pour nourrir la famille. "

Debo Massassi, Mali - 02/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150534

Amoro Tounkara, Tinkare, Mali. "Je suis arrivé en France en avril 1984. J’ai trouvé du travail rapidement, chez des asiatiques. Avec les Asiatiques, pas besoin de papiers. Tu travailles, on te paie. Je n’avais pas de sécurité sociale. Par mois, je gagnais 6000 à 6500 F en liquide. Je devais payer la carte orange, le lit. Le samedi et dimanche, je faisais des bricoles : peinture, papier peint, carrelage… Ils m’ont arrêté à Saint-Michel. C’était deux jours après la rafle au foyer de Rosny. Ils sont venus me chercher au travail. J’habitais au foyer Terre Aux Curés dans le 13ème. Les flics m’ont demandé mes papiers. Je n’en avais pas évidemment. Ils m’ont emmené au CRA de Vincennes. 2 jours après, j’étais au Mali. A Vincennes, on était 48 personnes. On a tous été embarqué dans l’avion des 101 Maliens. Chaque expulsé étaient encadré par deux policiers dans l’avion. Moi, je n’étais pas attaché, mais certains étaient menottés. Arrivés à l’aéroport, on a été accueilli par le Ministre de l’Intérieur malien, parce qu’ils craignaient qu’il y ait des débordements. Il y avait des renforts de police. Le Ministre est monté dans l’avion et nous a demandé de rester calmes. Il a promis qu’on serait hébergé et transporté jusqu’à chez nous. Je suis resté un mois à Bamako, chez des parents. J’attendais que mon grand frère m’envoie de l’argent de France, ainsi que mes affaires. En rentrant au village, j’ai repris mes cultures de mil et d’arachide. Selon les années, ça marche plus ou moins bien. Aujourd’hui, je suis toujours endetté auprès de mon frère et du coxer, mais je ne peux pas payer. Je n’ai pas d’argent. Avec mes cultures, je mange juste. Je ne suis jamais retourné en France. Je voudrais bien, mais je n’ai pas les moyens."

Tinkare, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150978

Moussa Diaby, foyer AFTAM Terres-au-Curé, Paris XIII°. "Les flics sont venus à 5h30. Ils ont frappé à la porte deux ou trois coups. Si tu ne réponds pas, ils cassent la porte. Ils bloquaient les aller et venue. Tu ne pouvais pas sortir, pas circuler dans le foyer. Impossible de prévenir les autres dans les chambres. Ils se sont postés devant chaque porte. Il y a quelques résidents qui ont gueulé mais la plupart ne disait rien. On était « timide ». Qu’est ce que tu veux dire ? Tous ceux qui avaient des papiers sont restés dans les chambres. Les autres ont été descendus et emmenés en garde-à-vue dans plusieurs commissariats. Après on a été emmenés au CRA. Environ 70 personnes à Vincennes. Les autres à Massy, mais aussi Lille et Rouen. Moi, je suis arrivé à Vincennes à 15h. C’est le jeudi matin que ça a été le plus dur. Je n’oublierai jamais ce jour-là de ma vie. On a été réveillé à 5h du matin et on est parti à Cité. Là on est resté au sous-sol, enfermés dans une salle d’attente. On était tous là. Les portes des toilettes n’occultaient pas tout. La chasse ne fonctionnait pas. Ils avaient coupé l’eau. Ca puait. La merde, tout…C’était dégueulasse par terre. On passait l’un derrière l’autre devant les juges. Il y en avait plusieurs et ils ont jugé toute la nuit. Le juge ne cherchait pas à comprendre quoi que ce soit. Je suis retourné au CRA de Vincennes et j’ai fait appel. Au Consulat, comme je n’avais aucun papier, on ne m’a pas délivré de laissez-passer. Le 32ème jour, je suis allé les voir et je leur ai dit : « Il est 15h20, ça fait 32 jours. Je dois être libéré ». Ils ont été obligés de le faire. Ils m’ont dit que je devais quitter le territoire. Depuis, je n’ai pas eu de convocation. Là-bas tu ne peux pas dormir. Ca gueule au micro, tout le temps, même la nuit. On a fait 24h de grève de la faim. Au bout de 24h, ils nous ont obligés à manger. Ils ne voulaient pas qu’on fasse la grève de la faim. Ca fait du gâchis de nourriture. La veille de notre arrivée au CRA

Paris, Mali - 15/05/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131205

En brousse, dans la région de Kayes, Mali.

Bamako, Mali - 15/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0188542

Foyer Soundiata, Rosny-sous-Bois.

Rosny-sous-Bois, France - 15/05/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150981

Ibrahima Samakane, foyer Soundiata, Rosny-sous-Bois. "Je suis venu pour la première fois en France en 1985, j'avais 30 ans. Au Mali, j'ai eu la chance d'aller un peu à l'école, de 5 à 10 ans. J'ai aussi pu apprendre la mécanique et vraiment, c'est ma passion et puis ça m'a permis de trouver du travail partout. À Paris, j'ai rencontré un compatriote qui m'a aidé et hébergé, il travaillait chez Renault à Flins sur une chaine de montage. On avait un garage clandestin en bas du foyer, on gagnait bien à l'époque, tout le monde nous confiait sa voiture, même des blancs. En 86, le jour où ils ont encerclé le foyer, il y avait des cars de CRS partout. Au fur et à mesure qu'ils montaient dans les étages, ils nous mettaient dans des cars. Au Tribunal, il n'y avait pas d'avocat ni de traducteur, personne. Ça m'a fait un peu de peine d'être expulsé, c'était dur, le sentiment d'échec. A Bamako, j'ai ouvert un magasin de pièces détachées et je me suis marié. Mais ça ne marchait pas très bien alors je suis revenu en 1990, sous un faux nom. Cette fois, je suis passé par un coxer qui m'a demandé un million et demi de francs CFA. Je ne suis resté qu'un mois au foyer puis j'ai trouvé un appartement. Je ne voulais pas rester au foyer car il y avait trop de flics autour. Ils nous contrôlaient tout le temps, même sur le parking, même sous une voiture ! J'ai été arrêté beaucoup de fois pendant que je travaillais sur le parking du foyer. Je faisais une nuit de garde à vue puis ils me relâchaient. Pourquoi ? Je ne sais pas. J'ai été régularisé en 97. En 2009 ou 2010, je vais rentrer définitivement au Mali. Si j'ai un peu d'argent, j'ouvrirai un autre magasin de pièces détachées. J'ai 4 fils et l'ainé est à l'université, en sciences. Je suis très fier de lui. Je ne veux pas qu'il vienne en France, c'est trop dur. J'ai beaucoup investi pour que mes enfants fassent des études. Au village, on a aussi créé une association de développement. On cotise pour l'école. L'état malien ne fait pas grand

Rosny-sous-Bois, France - 15/05/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150983

Foyer AFTAM Terres-au-Curé, Paris XIII°.

Paris, France - 15/05/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150475

Sekou Sissako, Diema, Mali. "Entre 93 et 95, je travaillais avec une fausse carte. Je l’avais acheté à mon nom en me disant que je serai régularisé après, en prenant un avocat. J’ai payé 500 000 CFA. Un jour, je suis parti déposer un chèque à mon nom à la Poste. Ils ont contrôlé la carte et se sont aperçus qu’elle était fausse. Ils font souvent ça. Ils contrôlent le numéro par ordinateur. Ils ont appelé les flics, qui m’ont emmené au Commissariat de Belleville, puis à Fleury-Mérogis. On était 4 dans la cellule, Maliens et Ivoiriens, dont seulement deux sans-papiers. On m’a obligé à accepter l’expulsion. Moi, je ne voulais pas, mais ils m’ont expulsé après 29 jours de prison. Ils m’ont mis 3 ans d’interdiction de territoire. Je suis arrivé à Bamako les mains vides. Ma famille et mes amis de Bamako ont fait un geste pour que je puisse rentrer au village. J’ai repris la culture du mil. Puis en 2001, un ami m’a envoyé 500 000 FCFA. Je les ai donné à un coxer, pour qu’il m’aide à retourner en France. Ca a pris un an et demi. J’ai changé de nom et je me suis déclaré d’une autre région. Ca a marché. J’ai eu le visa et je suis retourné en France. Je suis revenu au foyer Gambetta. Ca ma parut beaucoup changé. Au foyer, il y avait beaucoup plus de monde qu’avant. Dans les chambres, les couloirs… Le prix des chambres avait augmenté. Je gagnais beaucoup plus aussi. Pour travailler, j’ai pris la carte d’un ami. (…). Aujourd’hui, je ne veux plus bouger de ma famille. Je suis chez moi, je me porte bien. Mais malheureusement dans ce pays, on manque de moyens pour faire ce qu’on voudrait. J’ai envie de faire du maraichage, j’ai les terres pour ça, mais il me manque les moyens. »

Diema, France - 31/12/2007

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131256

Nafadji, Mali.

Bamako, Mali - 01/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150979

Foyer Gambetta, Paris XIII°.

Paris, France - 15/05/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150532

Waly Konte, Fataou, Mali. "Moi, je suis fatigué. J’ai fait presque la moitié de ma vie là-bas. Je ne connaissais pas la vie ici. Je suis parti à l’aventure à 17 ans. J’ai été expulsé alors que Linda, ma copine, est française et que mon enfant est né là-bas. J’ai toujours sa photo avec moi, même quand je dors. Il a 11 ans maintenant. Elle voulait qu’on se marie. Mais se marier avec une Française, une Blanche, ça ne s’était jamais fait dans la famille. On habitait ensemble au foyer SONACOTRA de Cergy-pontoise. J’ai trouvé une place pour m’installer avec elle. Au début, c’était la guerre. Ma famille me disait : « Tu vas dormir avec une Blanche ici ? Tu n’as pas le droit ». Je leur ai répondu « Vous êtes racistes ou quoi ? ». Du coup, je ne les ai pas vus pendant plusieurs mois. Ils ont fini par accepter, parce qu’ils avaient peur de ne plus me voir. Elle était enceinte de 6 mois quand j’ai été expulsé. Elle a du déménager chez mon demi-frère. Après l’accouchement, elle a pris un appartement. Je n’ai pas pu reconnaitre l’enfant. Je perds la tête. Tous les jours, je pense que j’ai un enfant que je n’ai jamais vu. Je sais que mon fils se demande où est son père. Même si sa mère se remarie, il restera avec ces questions. Aujourd’hui, Linda me reproche de ne pas revenir. Elle dit que je ne veux pas, que mon enfant grandit sans moi. On s’appelle très souvent. Quand je suis rentré ici, ma famille voulait que je me marie. A la traditionnelle. J’ai refusé pendant 6 mois, puis j’ai fini par lâcher. Mon père n’est jamais allé en France. Mon grand-père n’a jamais vu un Blanc. Moi, c’est différent. Mon fils est en France et tous les jours, j’y pense."

Fataou, France - 04/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150541

Maison d'émigré, Nafadji, Mali.

Nafadji, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131433

Yamadou Konte, Madiga Sacko, Mali. "Je me suis réveillé à 6h pour aller travailler. Les flics m’ont arrêté en sortant., ils encerclaient le foyer. Ils m’ont demandé mes papiers. Je n’en avais pas. Soixante personnes au minimum ont été prises à Soundiata. Ils nous ont amenés à l’hotel Ibis de Roissy. On y est resté une semaine. On n’a pas été jugé. Ils nous ont mis directement dans le charter. Ceux qui ont refusé d’embarquer ont été menottés, mis dans l’avion de force et frappés. Moi, je n’ai pas été menotté. J’étais arrivé en France en décembre 1984. Un trafic organisé par un coxer à Bamako, en passant par la Libye. J’ai payé 3 millions de CFA. Une fois à Paris, je suis arrivé directement à Soundiata. En rentrant, je suis resté un mois à Bamako, le temps qu’on m’envoie mes affaires de France. Les coxers m’ont prêtés de l’argent pour le taxi. Je suis parti en France pour trouver un moyen d’aider ma famille. Après l’expulsion, je suis revenu à la case départ. Aujourd’hui, je me débrouille tout seul. Je suis cultivateur, j’ai une surface assez grande. Je vis avec le souci de nourrir ma famille, j’ai 3 femmes et 15 enfants. En arrivant, je suis resté deux mois sans travail. C’est mon cousin qui m’hébergeait dans sa chambre au foyer et qui m’a emmené dans les agences d’intérim près de la Gard du Nord. Et puis j’ai trouvé une place au noir dans le bâtiment chez un patron martiniquais. J’ai essayé de faire des démarches pour obtenir un numéro de sécu, mais ça n’a pas marché. Je gagnais 4000 francs par mois, parfois moins. Je payais une cotisation pour la chambre quand je travaillais, pour le lit et la nourriture. Je ne suis jamais retourné en France après mon expulsion."

Madiga Sacko, Mali - 01/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150500

Rond-point de Debo Bambara, Mali.

Debo Bambara, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0150490

Magassa Kossa, Debo Kagoro, Mali. "Je suis très fatigué. Je n’ai rien du tout. C’est moi qui m’occupe de toute la famille. Aujourd’hui, je suis dans la merde. Avant on avait des récoltes, mais aujourd’hui il n’y a pas de pluie, du coup les récoltes sont mauvaises. Des fois, il y a des gens qui me donnent de l’argent pour que je puisse nourrir ma famille. J’ai été expulsé. Je n’ai pas eu le choix. Je ne me rappelle pas de tout. Ca fait longtemps. J’ai été ramassé au foyer Soundiata en même temps que tous les autres : 101 Maliens. On m’a arrêté et on m’a envoyé à la Préfecture de Bobigny. J’ai fait 24h de garde à vue. Après, ils m’ont mis au dépôt. J’y suis resté deux jours et puis j’ai été expulsé. Quand je suis arrivé à l’aéroport de Bamako, quelqu’un m’a donné de l’argent pour prendre le taxi. J’ai été arrêté dans la chambre. J’étais seul, en train de dormir quand la police a frappé à la porte. J’ai ouvert. Ils m’ont demandé mes papiers. J’ai dit que je n’en avais pas. Alors, ils se sont mis à me frapper. Je ne sais pas pourquoi. Comme ça, sans raison. Ils se sont mis à fouiller la chambre. Ils cherchaient des faux papiers je pense. Ils ne m’ont pas menotté, mais ils m’ont frappé. Ca, oui. Je suis entré en France le 14 Juillet 1986. Je ne suis resté que 3 mois… J’avais donné 700 000 CFA au coxer pour le transport et le visa. J’ai payé mon passeport moi-même. Mon père m’hébergeait dans sa chambre. Quand je suis parti en France, c’était vraiment la galère. Ma famille pleurait. J’y suis allé pour gagner ma vie et celle de ma famille. Je ne sais pas quoi faire, quoi dire. Si j’essaie de vous expliquer, je vais me mettre à pleurer. Je ne sais pas. Il y a des fois où je ne mange même pas. Quand j’y pense, ça me coupe l’appétit. J’ai une dette. Je n’ai pas pu travailler là-bas et je n’ai pas les moyens de rembourser."

Debo Kagoro, Mali - 02/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131424

A Mounta Soninke, Mali.

Bamako, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131434

Grogui Sissoko, Nafadji, Mali. À vue de nez, Grogui Sissoko a 35 ans. Il est parti jeune de chez lui, au Mali, et son aventure a duré six ans. Algérie, Mauritanie, Maroc… A-t-il atteint l’Espagne ? Personne ne sait vraiment, mais au village, dans la région de Kayes, tout le monde raconte à peu près la même histoire : Grogui voulait rejoindre l’Europe. Il a pris la route et, un jour, on appelle son père au bled, pour dire qu’il est malade. Quand Grogui est revenu chez lui, il n’était plus dans sa tête. On dit qu’il était devenu violent. On l’a attaché. Son père l’a emmené à Madina, à Djabaguela, à Nioro, en brousse, pour être soigné. Et même jusqu’à Bamako pour voir un docteur. Là, on lui a donné des cachets. Depuis, s’il ne marche pas, Grogui parle d’un pays que lui seul connait. J’écoute. Au bord du feu, le feu ne te brûle pas. -«Mamadou est président en France, il doit faire sortir tous les policiers du pays, les emmener aux champs pour travailler. Les flics, on les appelle les « Mets-toi », pour « mets-toi ici », « mets-toi là ». Ici on ne connaît pas mon nom, donc c’est Mariam et Mamadou. -1, 70, 1, 50, 80, 40, 60, 20. Tu dessines des S et des ronds sur le sol, dans le sable. -François Mitterrand n’est pas mort. Ils ont demandé à tout le monde de se coucher, ils en ont frappé plusieurs, il y en a un qui a fini par mourir. Ils ont dit : « C’est à vous de ramasser ça ». Alors tu as ramassé le corps de ton ami et tu l’as ramené à la maison. Ils l’ont frappé parce qu’il avait demandé du beurre pour mettre dans son pain. C’est à cause de ça qu’il est mort. Après tu es parti, tu as abandonné tout le monde et tu es rentré à la maison. Tu étais en Algérie. Nous devons partir aujourd’hui, tu dis que tu vas mesurer les kilomètre de la route, jusqu’à chez nous. -Tous les enfants marchent tchafou-tchafou, ils ont froid, ils vont les mains dans les poches. Il y a une voiture avec le Ministre de l’État qui vient, c’est une voiture d’Africain. Le président américain était c

Bamako, Mali - 01/01/2008

Accord oral.

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131204

En brousse, dans la région de Kayes, Mali.

Bamako, Mali - 01/01/2008

 

Yohanne Lamoulère / Transit / Picturetank LAMY0131429

Nafadji, Mali.

Bamako, Mali - 01/01/2008

Accord oral.



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